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Défenseurs des droits LGBTI font la Déclaration de Lomé

Publié le 12 mai 2015

Par Jean Marc Yao

Des défenseurs des droits humains appellent au respect des droits des LGBTI en Afrique

Régions de l'Afrique

Régions de l’Afrique

Des défenseurs des droits humains de 13 pays de l’Afrique ont fait une déclaration pour appeler au respect des droits des LGBTI sur le continent africain.

Réunis à Lomé, au Togo, du 28 février au 1er mars 2015, ces défenseurs des droits humains sont venus d’Afrique de l’ouest (Benin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Nigeria, Sénégal et Togo), du centre (Burundi, Cameroun,  République Démocratique du Congo, Rwanda), et du Kenya et d’Afrique du sud.

Cette rencontre de Lomé, organisée par AMSHeR (African Men for Sexual Health and Rights) et GISHR (Initiative Globale sur la Sexualité et les Droits humains) de Heartland Alliance, avait pour thème « Sexualité et droits humains en Afrique de l’ouest et du centre ».

Les objectifs de la rencontre étaient les suivants :

  • Fournir une opportunité aux acteurs d’échanger sur les défis de protection des droits humains des personnes LGBTI (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transsexuels et Intersexuels) et partager les bonnes pratiques et les possibilités offertes par les différents contextes : local, régional et global ;
  • Renforcer la compréhension des acteurs des droits humains, de la société civile et des institutions nationales de protection et de promotion des droits humains sur la sexualité, la culture/religion et les droits humains ;
  • Générer des partenariats et des soutiens susceptibles de faire réussir les ateliers nationaux et les échanges inter et intra régionaux.

Après deux jours d’intenses travaux, les participants à la concertation de Lomé ont fait cette déclaration :

 

(image fr.wikipedia.org)

(image fr.wikipedia.org)

DÉCLARATION DE LOMÉ issue de la consultation régionale due les droits humains et la sexualité en Afrique de l’ouest et du centre

Les représentants des organisations de la société civile et de certaines institutions nationales des droits humains venus d’Afrique du Sud, Benin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, Kenya, Mali, Nigeria, République Démocratique du Congo, Rwanda, Sénégal et Togo se sont réunis à Lomé (Togo) du 28 février au 1er mars 2015 – sur invitation de la coalition panafricaine African Men for Sexual Health and Rights (AMSHeR) en collaboration avec l’Initiative Globale pour le Sexualité et les Droits Humains (GISHR) –  et ont échangé sur la protection des droits humains contre la violence, la discrimination et autres formes de violations des droits humains basées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Ces échanges ont édifié tous les participants sur le lien étroit entre les droits humains et la sexualité, sur les violations des droits humains basées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre, sur les bonnes pratiques du gouvernement Sud Africain en matière de la protection de LGBTI, sur le rôle que devraient jouer les autorités religieuses l’occurrence l’Islam et l’Eglise catholique dans la promotion de l’acceptation et l’amour de l’autre, enfin sur le leadership de certaines Commissions nationales des Droits de l’Homme comme celle de la Côte d’Ivoire et du Kenya dans la promotion et la protection des droits humains pour tous sans discrimination.

En revanche, ce dialogue a aussi permis de ressortir les pesanteurs de la culture africaine et des traditions souvent utilisées à tort comme excuse lorsqu’il s’agit de  la lutte contre les violations des droits humains basées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale, le rôle que  la société civile en Afrique a joué auprès des mécanismes nationaux, régionaux et internationaux malgré de multiples menaces pour la  protection contre les violations des droits humains sur base de la sexualité et de l’identité du genre ; et enfin les avancées portées par la Résolution 275 adoptée à la 55ième session ordinaire de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, tenue du 28 avril au 12 mai a Luanda, Angola, sur la « la protection contre la violence et d’autres violations des droits humains des personnes sur la base de leur orientation sexuelle et identité de genre réelle ou supposée ».

Après ces échanges d’expériences, de bonnes pratiques, voire le renforcement des capacités qui en est résulté, les participants :

  • Félicitent la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples pour l’adoption, lors de sa 55ième session ordinaire tenue du 28 avril au 12 mai 2014, de la résolution 275 sur « la protection contre la violence et d’autres violations des droits humains des personnes sur la base de leur identité ou orientation sexuelle réelle ou supposée »;
  • Notent avec satisfactions quelques avancées et bonnes pratiques relatives à la protection des personnes contre les violations des droits humains basées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre conformément aux instruments régionaux et internationaux des droits humains ;
  • Soulignent la nécessité d’engager un dialogue national entre acteurs étatiques de promotion et protection des droits humains, les organisations de la société civile œuvrant dans les droits humains en général et celles  travaillant spécifiquement sur la lutte contre les violations des droits humains sur base de la sexualité ou de l’identité de genre ;
  • Prennent note de l’opportunité qu’offrent les processus de réformes juridiques et des politiques en cours dans certains pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre et encouragent les acteurs étatiques et non-étatiques à engager les acteurs des ces réformes pour une meilleure protection des droits humains pour tous, sans discrimination basée sur la sexualité et l’identité de genre ;
  • Restent néanmoins préoccupés par l’insuffisance de protection légale et institutionnel et les défis de protection dans de nombreux états de l’Afrique de l’Ouest et du Centre contre les violations des droits humains sur base de l’orientation sexuelle ou l’identité de genre;

De ce qui précède, les participants à  la consultation régionale de haut niveau sur la sexualité et les droits humains en Afrique de l’Ouest et du Centre recommandent:

Aux États membres de l’Union Africaine :

  1. de s’approprier et de mettre en œuvre la Résolution 275 de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples sur « la protection contre la violence et d’autres violations des droits humains des personnes sur la base de leur identité ou orientation sexuelle réelle ou supposée» ;
  2. de mettre en place des programmes de sensibilisation, d’éducation et formation des paires éducateurs sur la protection contre des violations des droits humains basées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre ;
  3. d’harmoniser les législations et les politiques nationales avec les instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits humains, afin de garantir et de promouvoir l’égale protection des droits humains sans discrimination, l’élimination de toutes les lois, politiques et pratiques qui, au nom de la tradition et culture, sont discriminatoires et de promouvoir le ‘’vivre ensemble’’;
  4. d’encourager, soutenir et accompagner les institutions nationales des droits humains à être plus indépendantes dans leurs mandats de promotion et protection des droits humains pour tous, y compris pour les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI);

Aux organisations généralistes des droits humains

  1. de développer des programmes et espaces de collaboration avec les organisations travaillant spécifiquement sur les questions de genre, sexualité et droits humains ;
  2. de partager la connaissance et l’information sur l’acceptation des personnes LGBTI au sein des familles afin de leur permettre une pleine réalisation de leurs droits humains ;
  3. de s’inspirer des bonnes pratiques issues de la promotion des droits de la femme, notamment dans la lutte contre la pratique culturelle de l’excision ;
  4. de continuer à engager les institutions nationales et autres acteurs des droits humains pour un dialogue visant une meilleure protection locale contre les violations des droits humains basée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre réelle ou supposée ;

Aux organisations de défense des droits humains sexuels et reproductifs :

  1. de s’ouvrir davantage aux autres acteurs des droits humains afin d’assurer une bonne collaboration dans la lutte commune pour le respect des droits humains pour tous et pour le ‘’vivre ensemble;
  2. d’accroître et d’intensifier la solidarité et la collaboration avec les autres mouvements des droits humains dans le but de partager les informations et mener des campagnes conjointes d’éducation au respect des droits pour tous;
  3. de renforcer les partenariats et soutiens déjà existants, notamment ceux des organisations et acteurs de lutte contre le VIH et l’égalité de genre.

Les participants réitèrent enfin leur engagement au dialogue, à la promotion et la protection des droits de tous et de chacun sans discrimination pour une Afrique Unie et prospère.

Fait à Lomé, Togo, le 1er mars 2015

 

Jean Marc Yao, basé à Abijan en Côte d’Ivoire, est spécialiste des questions relatives aux LGBT à la LIDHO (Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme) et consultant en droits humains pour l’association Alternative Côte d’Ivoire. 

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