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Quand le coming-out rend sans-abris au Cameroun

Publié le 9 avril 2015

Par Erin Royal Brokovitch

Deux hommes gay au Cameroun (Photo de Eric Ohena Lembembe)

Deux hommes gay au Cameroun (Photo de Eric Ohena Lembembe)

L’histoire d’Aris, 26 ans, retentit comme  une caisse de résonance dans l’esprit de toutes ces personnes qui ont essuyé de violents revers une fois que leur homosexualité  fut portée à la connaissance de leur famille.

Makékéné, ville aux frontières entre la région du Centre Cameroun, et celle de l’ouest, c’est de là, en cette période de mars 2015 qu’Aris, lance des S.O.S à ses amis restés à Yaoundé, la capitale politique du pays, pour leur dire le drame qui se noue dans sa vie depuis quelques semaines déjà.

Aris, à son insu, s’est vu « saqué » comme on dit dans le jargon gay au Cameroun, par son frère cadet avec qui il vivait. Et pour cet étudiant  sans problème promu à un bel avenir, tout s’est effondré dans sa vie depuis…. LA RAISON…il est homosexuel !

Tout commence au mois de décembre 2014. Aris laisse son téléphone à la charge, son frère Randol, 22 ans espionne ses messages. Devant ce qu’il estime avoir découvert comme preuve de l’homosexualité d’Aris, il ne se gène pas pour dénoncer son aîné à la famille. Face aux interrogations de la famille, Aris nie tout en bloc. Et l’affaire se tasse. En apparence tout au moins !

Puisque 2 mois plus tard, en février, Randol décidé à mettre à nue l’homosexualité de son aîné, revient à la charge. Les mobiles de son acharnement, piétinant tout droit d’aînesse et respect vis-à-vis de son frère aîné, sont difficilement compréhensibles, si ce n’est cette homophobie qui altère le jugement de ces personnes « fermées ».

En effet,  le 15 février, alors qu’Aris revient d’un séjour qu’il est allé passer au village, à Makénéné,  Randol revient à la charge. Il soulève encore un tollé dans la famille en dénonçant une fois encore l’homosexualité de son frère. Cette fois ci, l’affaire est sérieuse, car Randol a pris le soin, quelque temps avant, de copier les SMS d’amour qu’Aris s’est échangé avec ses amis.  Il les montre alors à la famille. Aris apprendra plus tard qu’il a aussi été victime des aveux qu’il a fait à son cousin Darius, 20 ans, en décembre. Celui-ci  l’avait alors mis en confiance en lui demandant de se confier à lui sur sa sexualité, après que Randol avait révélé à celui-ci certaines choses. Aris avait donc avoué son orientation sexuelle à Darius. Malheureusement, ce dernier a répété ces aveux à la fois à Randol, mais à toute la famille, terminant d’assommer Aris.

Durant la deuxième quinzaine du mois de février, une réunion de famille est convoquée et Aris se retrouve dans la tourmente.

Campus, Université de Yaoundé 1 (Photo de Wikipedia Commons.org)

Campus, Université de Yaoundé 1 (Photo de Wikipedia Commons.org)

Il est déguerpit de la chambre d’étudiant qu’on lui loue avec son petit frère au quartier universitaire de Ngoa-Ékéllé à Yaoundé. Toute la famille le tient en quarantaine, y compris sa tante avec qui il a toujours été très proche. Naturellement, il est affublé de qualificatifs « sorcier », « démon » etc.

Face à cette tourmente qui le prend de cours, il est obligé de retourner au village. Il est obligé de mettre un arrêt à son année académique, puisqu’il est inscrit en 3ème année d’espagnol à l’université de Yaoundé 1.

Même là-bas, son oncle qui payait sa chambre d’étudiant, va jusqu’à l’expulser du domicile familial et il se retrouve sans abris. L’on lui coupe les vivres, puisqu’il dépend encore de son oncle.

Toutes ses perspectives sont alors stoppées net. Juste pour être tel qu’il est né, homosexuel, Aris voit aujourd’hui son avenir compromis. Il se ferme à l’idée de repartir dans les bancs de l’université, et projette plutôt trouver du travail, car il est remonté à Yaoundé depuis peu, où il squatte chez un ami.

C’est l’un des ses amis, Alex, 23 ans, qui dit comprendre la tourmente dans laquelle Aris est aujourd’hui plongé. Il y a 5 ans, alors qu’il était en classe de seconde, il a lui-même fait la traumatisante expérience du rejet familial quand l’on a soupçonné son homosexualité.

Quand on l’interroge, l’on sent bien qu’il est bloqué, à l’évocation de ces moments noirs dans ses souvenirs. Il avait 18 ans, dit-il, mais se rappelle qu’il a dormi sur des bancs publics pendant plusieurs semaines. Sa famille l’avait alors jeté dehors sans autre forme de compromis.

Aris, essaie de se reconstruire, il a perdu une année universitaire complète, et sa scolarité stoppée, juste du fait de l’intolérance.

L’auteur de cet article est un militant pour les droits LGBTI au Cameroun qui écrit sous un pseudonyme.

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