Africa

Agressions en Tunisie: «la violence quotidienne et impunie»

Publié le 18 mars 2015

Deux femmes de l’organisation Tunisienne des lesbiennes, bisexuelles et transgenres,  Chouf, ont été les ciblées d’agressions au cours des dernières semaines. En réponse, Chouf a fait la déclaration suivante, publiée ici à la demande de Chouf.

Logo of Chouf

Logo de Chouf

« En l’espace d’une semaine, deux amies, des membres de Chouf, ont subi des agressions qui vont bien au delà de l’horreur. L’une des membres de notre bureau a été violée par un homme sous le menace d’un couteau sous la gorge, et un autre membre a été tabassée par un groupe d’hommes en raison de son orientation sexuelle. Les agresseurs lui ont demandé de montrer comment elle savait se battre si elle voulait se marier avec une femme.

Face à l’inhumanité de tels actes de barbarie, aucun mot n’est à même d’exprimer ce que nous ressentons. Colère, rage ou indignation sont des mots vides par rapport aux sentiments qui nous habitent.

Nous sommes niées dans notre possibilité à vivre en sécurité, à vivre dans les espaces publics comme privés sans être en danger. La violence qui nous sont fait le sont en toutes impunité. Les agressions et les harcèlements que nous affrontons tous les jours sont la concrétisation de la négation de nos êtres et de nos identités. On nous refuse le droit  d’être nous-mêmes, on nous refuse le droit d’être femme.

Nous sommes femmes et en tant que femmes, nous ne cesserons de revendiquer notre droit à exister par et pour nous mêmes. Nous sommes tous solidaires et nous portons notre soutien total et entier à nos deux membres et à travers elles, à toutes les femmes qui se font attaquées, battues, violées et tuées chaque jour. »

Le viol a été signalé dans l’édition du Maghreb du Huffington Post, qui a déclaré que la victime, nommée Sarah, 25 ans, une étudiante et activiste politique, fut agressée le 26 février par un étranger à Tunis.

Il a menacé de la tuer muni d’un couteau qu’il a appuyé contre son ventre, dit-elle. Elle ajoute:

« Je n’avais pas le choix. Je devais le suivre. On a marché longtemps dans les bois avant qu’il ne me mette à genoux. »

Elle a signalé le viol à la police, qui l’ont suivi à la scène du crime, où les les traces de ses genoux sont encore apparentes dans la boue.  Les agents de police n’ont pas cherché pour des preuves au site.

Les policiers lui ont demandé un certificat médical pour appuyer sa plainte. Elle s’est rendue à l’hôpital pour l’obtenir:

« Dès que j’arrive à l’hôpital public Charles Nicoles vers minuit, je suis balancée d’un service à un autre alors que je suis épuisée. Aucune prise en charge, ni par les urgences, ni par le service gynécologique. C’est le chaos et je dois me débrouiller seule dans l’indifférence générale. »

On lui a dit de revenir le lendemain matin, parce que « la médecine légale n’est disponible qu’en début de matinée et je devais demeurer dans le même état afin de ne pas altérer les preuves. »

Photo illustrating Sarah's story in the Mahgreb edition of the Huffington Post.

Photo de l’article de Sarah dans l’édition du Maghreb du Huffington Post.

Dans la matinée, elle a dû attendre jusqu’à ce que les médecins avaient terminé leur petit déjeuner, puis elle a dû attendre deux heures de plus pour un examen, au cours de laquelle les infirmières bavardaient à son sujet, dit-elle au Huffington Post.

Elle n’a pas reçu de conseils sur ses soins de santé ou sur la prévention des maladies sexuellement transmissibles, dit-elle.

Ce que Sarah a enduré était typique de l’expérience des victimes de viol en Tunisie, selon L’association Tunisienne des Femmes Démocrates — une culpabilisation des victimes, de la pression familiale, du tabou et de la stigmatisation.

En Tunisie, une femme sur deux souffre de la violence verbale, physique ou financière, selon Neila Chabaane, l’ancienne Secrétaire d’Etat chargée des Affaires des femmes.

Le Huffington Post a rapporté qu’en 2011 une enquête nationale de l’Office nationale de la famille et de la population faite sur près de 4000 femmes adultes a démontré que 15,7 % des femmes interrogées disaient avoir été victimes de violence sexuelle.

Sarah ajoute:

« Tout ce que je souhaite c’est que justice soit faite. Je ne souhaite pas que mon agresseur soit tabassé par les flics, ni torturé ou injustement incarcéré… Tout ce que je veux c’est le confronter lors d’un procès juste et équitable. »

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