Au Cameroun, les LGBTs seront comme les juifs de la Shoah?

Publié le 26 septembre 2013

Les militants d’All Out ont publié cet entretien avec le président de Camfaids (Cameroonian Foundation for AIDS), qui a fui à la France pour y demander l’asile.

Cameroun: les violences homophobes échappent à tout contrôle. Ceux qui peuvent quitter le pays s’enfuient

Eric Lembembe (Photo courtesy of Facebook)

Eric Lembembe

Paris, France – Les violences à l’encontre des personnes lesbiennes, gays, bi et trans au Cameroun comptent parmi les pires au monde. Les militants sont souvent harcelés, menacés, brutalisés et parfois même torturés à mort chez eux. C’est le cas d’Éric Lembembe, un célèbre défenseur des droits LGBT au Cameroun, qui a été assassiné en juillet.

Depuis le meurtre d’Éric, ses proches et ses amis militants se sont rendu compte que rester au Cameroun avec leurs familles et leurs amis pourraient leur coûter la vie. Être ouvertement LGBT, en parler publiquement ou même rencontrer d’autres personnes LGBT peut mettre leur vie en danger.

La semaine dernière, l’ambassadeur du Cameroun à l’ONU a rejeté la responsabilité du meurtre d’Éric sur la victime elle-même.

« Le Cameroun doit encore mener une enquête juste et honnête sur le meurtre d’Éric Lembembe, déclare le Directeur exécutif d’All Out, Andre Banks. Dire qu’Éric est coupable de son propre meurtre est insultant. Personne ne mérite de mourir en raison de son identité ou de celle de la personne qu’il aime ».

C’est pour cette raison que Dominique, un ami et défenseur des droits LGBT a fui le pays cette année. All Out a demandé à Dominique de partager son avis sur la détérioration de la situation des personnes LGBT. Quelques jours auparavant, le Cameroun avait fermé les yeux sur les recommandations des Nations Unies pour l’amélioration des droits humains. Ce vendredi, le Cameroun a répondu à une liste de violations transmise par la Commission des droits humains, qui soulignait le désintérêt de l’État camerounais pour les violences faites aux personnes LGBT. Le Cameroun a nié la plupart de ces violations mais accepté d’enquêter sur les abus de la police.

Ce lundi, All Out a lancé une campagne pour demander au président Paul Biya de poursuivre l’engagement du Cameroun contre les violences policières et pousser le pays à aller plus loin.

« Le Cameroun doit en faire plus pour endiguer la violence envers les personnes lesbiennes, gays, bi et trans, a déclaré Andre Banks. Il est temps que le Cameroun libère tous les prisonniers derrière les barreaux pour homosexualité et qu’il abroge la loi qui les condamne ».

Retrouvez ci-dessous l’interview de Dominique :

Bonjour Dominique. Tu es un des leaders de l’association CAMFAIDS qui défend la cause homosexuelle au Cameroun. Que t’ait-il arrivé?

Je ne sais pas ce qui peut m’arriver encore de pire, j’ai quitté mon pays voilà bientôt 10 mois, en abandonnant, mes amis, mon petit frère qui m’a soutenu et qui comptait sur moi, mes collègues associatifs de l’association que Eric Ohena Lembembe et moi avions créée. Eric que nous étions sur le point de faire évacuer à cause de menaces semblables à celles que j’ai reçues. Désormais, je renouvelle tous les trois mois un récépissé de demande d’asile et j’attends toujours ma convocation au niveau de l’OFPRA dans le cadre de cette demande.

Tu as travaillé en étroite collaboration avec Eric, peux-tu nous dire ce que son assassinat a signifié pour la communauté LGBT au Cameroun?

L’assassinat brutal d’Eric a confirmé que les menaces de mort en l’encontre de la communauté LGBT au Cameroun étaient réelles, qu’on ne pouvait pas uniquement haïr les homosexuels, mais qu’on était capable de les assassiner. En Ouganda, le militant David Kato a été tué sur le coup, mais Eric a été torturé. Pourquoi ? Selon moi il fallait aux assaillants des informations relatives aux associatifs camerounais, et particulièrement les membres de la CAMFAIDS. Aucune somme d’argent n’a été prise, ni ses bijoux personnels mais des ordinateurs avec lesquels il écrivait ses articles ont disparu. Tous les documents nominatifs de la CAMFAIDS ont été également pris et tout particulièrement les rapports d’activités qu’il détenait, ainsi qu’un rapport pour le PNUD sur les minorités sexuelles qu’il était en train de finaliser.

Pourquoi est-il important pour le gouvernement du Cameroun prenne des mesures pour arrêter la violence contre les personnes LGBT?

Les LGBT camerounais sont des citoyens au même titre que les hétérosexuels et le gouvernement Cameroun se doit de protéger tous ses citoyens. Même le Président de la République lors des fameuses listes du “top 50″ (quand les journaux livraient prétendument les noms des personnes homosexuelles du pays qui, comme par hasard, se trouvaient être à 85% des hauts cadres du gouvernement) avait reconnu que l’orientation sexuelle relevait du domaine de la vie privée de chacun pour clore un débat qui devenait dangereux. Aujourd’hui au Cameroun l’homosexuel est traité comme l’était un noir en Afrique du Sud du temps de l’apartheid. Va-t-il être pourchassé et anéanti comme un juif pendant la Shoah?

Tu as quitté ton pays parce qu’il était trop dangereux de rester au Cameroun, pourquoi as-tu fait ce choix? Comment as-tu ressenti le fait de laisser tes amis et ta famille derrière?

Si j’avais été menacé uniquement par ma famille, je n’aurais pas quitté mon pays, mais je l’ai été par les autorités camerounaises, à cause des actions de la CAMFAIDS. J’ai reçu des menaces d’inconnus par téléphone qui me disaient qu’ils m’auraient tôt ou tard. Eric et moi avions pris au sérieux ces menaces. Lorsque je recevais des convocations par un Juge d’instruction pour répondre de mes actes de promotion de l’homosexualité, immédiatement j’étais obligé de me rapprocher de mon avocate, Maître Alice Nkom, et leur disais de s’adresser directement a elle, mon ultime protection. Je vis désormais loin de mon petit frère, de mes ami(e)s, des collaborateurs de CAMFAIDS, mais aussi des membres d’autres associations avec lesquels j’ai travaillé pendant plus de 8 ans ! Mais je ne peux plus rentrer dans un pays ou, sans protection une mort violente a plus ou moins long terme m’attend.

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About Colin Stewart

Colin Stewart, a 40-year journalism veteran, is publisher and an editor of the "Erasing 76 Crimes" blog. More profile information on Google+.
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