Cameroun: Haro contre les attaques sur les défenseurs des LGBTI

Publié le 5 juillet 2013

Pour la majorité des victimes, des mesures drastiques devraient être prises par les autorités camerounaises non seulement pour sécuriser les locaux des organisations de défense des droits humains mais aussi pour protéger les militants.

Arson is the suspected cause of the fire that struck the Alternatives-Cameroon center in Douala on June 26. (Photo courtesy of Alternatives-Cameroon)

Forts soupçons sur l’origine criminelle de ce désastre du 26 juin. (Photo par Alternatives-Cameroon)

Douala, le 2 juillet 2013, au Centre Access de Alternatives-Cameroun, la vie reprend son cours. Petit à petit. De nouveaux meubles sont placés. De nouvelles constructions sont en cours. La peur dans l’âme, les employés vaquent à quelques tâches. De temps à autre, un responsable reçoit la visite d’un partenaire venu apporter un message d’encouragement ou de soutien.

« D’ici la semaine prochaine, les activités reprendront leur cours normal. Pour l’instant, nous sommes en plein chantier », nous informe Franz Mananga,  directeur administratif et financier  à Alternatives-Cameroun pour le Centre Access, un centre pour les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT), y compris les personnes LGBT atteintes du VIH/SIDA. Franz Mananga raconte:

« Aux environs de 7 heures, le 26 juin dernier, le personnel de l’organisation a surpris des flammes provenant du bureau du paramédical (Conseillers Psychosociaux). Nul n’eut été l’intervention des voisins et des sapeurs pompiers, tout le centre aurait été consumé dans cet incendie. Bien qu’aucune perte en vie humaine n’ait été enregistrée, l’essentiel du matériel de travail (bureaux, chaises, ordinateurs, ventilateurs, dossiers médicaux des patients  et ustensiles de cuisine, etc.) a été totalement détruit par les flammes.»

Alternatives-Cameroon is working to recover from the fire. (Photo courtesy of Alternatives-Cameroon)

La vie reprend son cours au Centre Access. (Photo par Alternatives-Cameroon)

D’après un communiqué rendu public par Alternatives-Cameroun, le même jour, il y a de « forts soupçons sur l’origine criminelle de ce désastre », qui intervient juste quelques jours après les cambriolages, du 16 et 1er juin des bureaux respectifs de Me Michel Togué et Maximilienne Ngo Mbe qui sont respectivement avocat défendant les minorités sexuelles au Cameroun, et directrice exécutive du Réseau de Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC).

Tout laisse donc croire, selon certains militants que tous ces faits qui se produisent à un période précise ciblant uniquement les groupes ou personnes défendant les homos portent l’estampillage d’actes d’homophobie.

Pour Alternatives-Cameroun qui n’envisage pas d’abandonner le combat pour l’épanouissement des personnes homosexuelles après cet incident pendant que la police poursuit ses enquêtes pour déterminer l’origine de l’incendie et ses auteurs,  l’organisation songe à  mieux sécuriser les locaux de l’association : « nous réfléchissons sur la mise sur pied de nouvelles mesures de sécurité. Certainement de bombes extinctrices dans chaque bureau et des cameras de surveillance. Nous envisageons également de recruter un gardien du jour et la souscription d’une assurance Responsabilité Civile pour les locaux du Centre Access », nous confie Franz Mananga.

Contre offensive ?

En ce qui concerne les mesures ou stratégies prises pour faire face en bloc contre la vague d’attaques contre des défenseurs des droits des personnes LGBTI, les quelques militants interrogés avouent qu’ils n’ont pas encore songé à cela. Puisque la majorité des victimes sont en  déplacement à l’étranger. Sur le terrain, à Yaoundé, comme à Douala, il n’existe aucun regroupement d’associations identitaires. Donc, aucune solution envisagée pour l’instant à ce genre de problèmes. « Or, selon Franz Mananga, il est temps d’y penser car aujourd’hui, c’était Alternatives Cameroun qui était visé, demain ca sera peut être les locaux d’une des autres organisations identitaires du territoire Camerounais ou même les défenseurs eux-mêmes », pense-t-il.

Ce que confirme Serge Douomong Yotta, directeur exécutif à Affirmative Action, l’une des associations militantes pour les droits des LGBTI de Yaoundé:

« Le [manque de] sécurité de tous les acteurs intervenants dans la défense des droits des homos est inquiétant. A chaque fois que l’occasion se présente, que ce soit avec des acteurs étatiques ou non, nous ne manquons pas d’attirer l’attention sur ce fait. Le 1er juillet dernier, nous l’avons encore souligné dans un communiqué de presse co-signé avec Human Rights Watch et cinq autres organisations camerounaises, où nous avons condamné fermement les attaques de Yaoundé et de Douala et recommandé que des poursuites judiciaires soient engagées contre ces criminels qui vont priver de nombreux Camerounais de leur suivi médical, comme c’est le cas avec la destruction du Centre Access de Douala.»

Patients' medical records, along with  desks, chairs, computers, fans, and  cooking utensils were destroyed or damaged by the fire. (Photo courtesy of Alternatives-Cameroon)

Du matériel de travail consumé par des flammes. (Photo par Alternatives-Cameroon)

Pour Jules Eloundou, président de Humanity First Cameroon, autre organisation de la capitale camerounaise travaillant au quotidien avec les minorités sexuelles, la situation est toute aussi bien préoccupante :

«  Avec ces attaques récurrentes, nous songeons évidemment à renforcer la sécurité autour de notre siège avec peut être plus de gardiens ou des systèmes d’alarme incendie. Notre seul obstacle serait le manque de moyens financiers et matériels. Pour l’instant,  la réflexion se poursuit.»

Du côté de l’Association pour la Défense des Homosexuel(le)s (ADEFHO), à Douala, Stéphane Koche, l’un des responsables est également anxieux, « nous n’avons pas un dispositif particulier de sécurité. Juste un gardien qui contrôle les entrées tout en le consignant dans un cahier. Pour l’instant, rien n’est envisagé pour renforcer nos moyens de sécurité à part la vigilance. Toutefois, je pense qu’il ne faut pas tomber dans la paranoïa. Le plus important est de continuer à travailler avec un esprit serein », pense-t-il.

Dialogue constructif

Du côté des autorités camerounaises, c’est la sourde oreille. Jusqu’à présent, aucune alerte n’a été signalée pour dénoncer ce genre de situation. Aucune visite sur les sites sinistrés ou même les défenseurs attaqués. Déplore-t-on à Alternatives-Cameroun qui invite l’Etat à dénoncer les attaques et prendre ses responsabilités:

« Ni même un coup de fil des collaborateurs proches étatiques avec lesquels nous travaillons comme les représentants du ministère de la Santé Publique ou du Comité National de Lutte contre le SIDA, pourtant le travail que  ces groupes mène  est d’utilité publique conformément au Plan National Stratégique de Lutte contre le SIDA qui intègrent les Hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres Hommes comme groupe cible et à long terme au vu de l’ampleur de nos activités dans le domaine des services de dépistage et de conseil pour le VIH-SIDA, le Centre Access compte devenir une Unité de Prise en Charge pour la dispensation des ARV [médicaments antirétroviraux] au personnes stigmatisées sur le base de leur orientation sexuelle et ou identité de Genre. C’est donc absurde et abject que les responsables en charge de ces questions ne puissent pas réagir face à de telles attaques.»

Franz Mananga conclut:

« Par ailleurs, puisque nous sommes dans un Etat de droit et démocratique, nous souhaiterions que les auteurs de ces actes homophobes le fassent à visage découvert, cela nous permettrait sans doute de les connaitre et certainement d’envisager  de nous asseoir autour d’une table pour un débat ou un dialogue autour des questions de Droits de Santé et plus généralement de Societé.»

–Eric O. LEMBEMBE

Aussi publiés par “Erasing 76 Crimes”:

About Eric O. Lembembe

Eric O. Lembembe, a journalist in Cameroon, is a leader of the Cameroonian Foundation For AIDS (CAMFAIDS), an association that seeks to promote and protect all human rights.
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