Publié le 27 décembre 2012
Les associations LGBT camerounaises écrivent au Chef de l’Etat. Dans une lettre ouverte envoyée au Président du Cameroun, elles ont condamné toutes les formes de discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre et ainsi que la criminalisation des relations sexuelles entre personnes de même sexe au Cameroun.

Paul Biya, Président du Cameroun. Dans un discours le 10 février 2006, il qualifiait lui-même la vie privée de « sacrée ». (Wikimedia Commons photo)
Paul Biya a été appelé à mettre fin au harcèlement des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et trangenres (LGBTI) au Cameroun. Mais jusqu’à présent, il n’a toujours pas répondu aux différents appels des associations camerounaises et internationales.
Une douzaine d’associations camerounaises de défense des droits de l’Homme et de lutte contre le VIH/SIDA en collaboration avec d’autres organisations des droits de l’Homme ayant des sièges en dehors des frontières du Cameroun ont écrit en octobre dernier au Président de la République du Cameroun. Objet : pour attirer son « attention sur l’importante question d’une éventuelle prise de position effective, immédiate et concrète pour supprimer l’article 347 bis du code pénal criminalisant les rapports sexuels entre personnes de même sexe ».
Selon ces organisations, cet article est à l’origine de plusieurs cas actuels de violation de droits de l’Homme au Cameroun, peut-on lire dans le pamphlet, qui rappelle les différents engagements dont est tenu de respecter le gouvernement puisque le pays a ratifié différents traités et conventions. Pour ces associations, le Président de la République est tenu par le droit international et le droit coutumier « de protéger et de promouvoir les droits humains de tous les citoyens camerounais et de rendre compte à la communauté internationale des actions en cette matière ».

Une discussion du sida présenté par CAMFAIDS le 1 décembre, la journée mondiale de lutte contre le VIH/SIDA . (Photo par Eric Lembembe)
Human Rights Watch en partenariat avec des organisations LBGT camerounaises telles que Affirmative Action, Alternatives-Cameroun, Cameroonian Foundation for AIDS (CAMFAIDS), Evolve, et Humanity First Cameroon ont dénoncé à travers une soumission au Conseil des droits de l’homme de l’ONU les lacunes du Cameroun en matière de droits humains concernant son traitement des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres ou soupçonnées de l’être. Dans ce rapport envoyé également en octobre dernier lors de l’Examen Périodique Universel (EPU), il est clairement dit que « les violations de droits humains ciblant les personnes lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) au Cameroun vont au-delà de la menace de poursuites pénales.
Les violences policières contre les personnes LGBT sont omniprésentes, avec des cas avérés de brutalité policière qui équivalent à de la torture ». Au moins six personnes sont actuellement détenus pour homosexualité dans les geôles camerounaises, selon l’organisation CAMFAIDS. Les associations LBGT en appellent à leur libération immédiate.
Hauts risques de contamination VIH/SIDA

À CAMFAIDS, la journée mondiale de lutte contre le VIH/SIDA. (Photo par Eric Lembembe)
Autre préoccupation, la pénalisation de l’homosexualité au Cameroun rend difficile le travail de prévention des associations de lutte contre le VIH/SIDA.
« Le plan stratégique national de lutte contre le SIDA 2011-2015 indique clairement que les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes sont considérés comme des personnes à hauts risques de contamination. La pénalisation de l’homosexualité rend donc difficile [ce travail] envers ces cibles. Elle favorise un climat de non-dit propice à la prise de risque. Elle met non seulement en danger les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes mais également leurs proches, en particulier leurs éventuelles partenaires femmes, qu’ils soient mariés ou non », explique Dominique Menoga Nanga, président de la CAMFAIDS.
– Eric O. LEMBEMBE
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