Cameroun: L’homophobie vs. la lutte contre le SIDA

Publié le 4 décembre 2012

La pénalisation de l’homosexualité rend difficile le travail de prévention du SIDA.

Même si le gouvernement Camerounais reconnait les LGBTI comme des groupes à risques, les associations de défense des droits en santé sexuelle réclament la protection sociale de leurs locaux et leurs bénéficiaires.

Joel Ghislain Nkontchou (Photo par Eric O. Lembembe)

Joel Ghislain Nkontchou (Photo par Eric O. Lembembe)

Au Cameroun, l’homophobie est devenue un problème difficile qui menace de paralyser les efforts de prévention du SIDA militants parmi les activistes qui  travaillent avec des lesbiennes, homosexuels et personnes bisexuelles.

Joël Ghislain Nkontchou, 23 ans, étudiant en master en droit des affaires à l’université de Yaoundé II, est pairs éducateur à Humanity First Cameroon, organisation de défense de droits en santé sexuelle basée à Yaoundé. En février 2010, alors qu’il vit dans une chambre au quartier Ekounou  à Yaoundé, il y organise régulièrement des causeries éducatives et des visites interpersonnelles sur les thématiques liées aux droits humains et à la prévention du VIH/SIDA et des IST.

Durant une période d’environ 6 mois, il reçoit généralement 8 à 10 gays lors des échanges. Certains s’habillent comme des « folles » (ou style « tape à l’œil ») et ne se gênent de « déhancher » lorsqu’ils viennent ou repartent de chez lui. La réaction des riverains de Joël Ghislain ne se fait pas attendre. Propos injurieux et menaçants envers le pairs éducateur, ainsi que sur ces pairs. Menaces homophobes et agressions physiques, tout y passe.

Finalement, le bailleur de Joël Ghislain l’obligera, « compte tenu de sa sexualité ambiguë et de ses visites » à déménager, ceci malgré la précarité dans laquelle vit le jeune homme et les efforts consentis pour payer son logement. En désaccord avec sa famille, toujours par rapport à son orientation sexuelle, Joël Ghislain aménage chez un ami, le temps de retrouver une stabilité financière.

Aujourd’hui, le 20 septembre 2012,  le jeune homme a abrité, depuis quelques temps, dans une nouvelle chambre à Ekumdum, autre quartier de la capitale politique du Cameroun. Et, il a repris avec ses causeries éducatives en direction des homosexuels. Cette fois-ci, ses bénéficiaires, essayent, tant bien que mal de se camoufler mais, ca jase toujours.

Achille K., un autre pairs éducateur de Humanity First Cameroon a vécu la même situation dans son quartier. Tout comme son collègue, il a également dû se reloger ailleurs.

Combat pour le changement des mentalités

ELAAA open house included discussions about the risks of HIV infection. (Photo by Eric Lembembe)

ELAAA organise des discussions sur les risques du sida. Des actions spécifiques doivent être entreprises pour la sécurité des acteurs. (Photo par Eric Lembembe)

Non loin de là, au quartier Nkomkana, l’Excellent Life AIDS Awareness Agency (ELAAA), nom de baptême du siège de l’association Affirmative Action, autre organisation travaillant avec les minorités sexuelles, risque d’être déployé dans un autre quartier. Suite à une réunion organisée par les voisins, les activités et les bénéficiaires de la ELAAA ont taxés de « promouvoir l’homosexualité »,  le bailleur des locaux a donc sommé les locataires de quitter les lieux, sans autre forme de procès. Inauguré le 27 juillet 2012, ce centre de promotion des droits des minorités sexuelles n’aura pas connu une longue vie, même si les membres de l’association ne s’avouent pas encore vaincu.

« Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore connu d’actes de violence physique, mais nous restons fermes, nous n’irons pas ailleurs. Le combat pour le changement des mentalités commence ici », soutient Serge Dovony Yota, secrétaire général d’Affirmative Action.

D’après Jules Eloundou, président de Humanity First Cameroon, les associations qui travaillent avec les minorités sexuelles ne bénéficient d’aucune protection sociale, aussi bien pour leurs locaux, que pour leurs acteurs et même les bénéficiaires.

« Nous ne sommes pas à l’abri des agressions homophobes. Dans les rues ou les quartiers, nous sommes obligés de nous fondre dans la masse et de mener nos activités dans la plus grande discrétion. Nous n’avons aucune assurance protection ou assurance même du ministère de la Santé Publique pour l’exercice de nos fonctions. Ce qui fait que notre travail n’est pas reconnu d’utilité publique, malgré le fait que le plan stratégique national de lutte contre le SIDA 2011-2015 ait reconnu que les Hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres Hommes (HSH) comme des groupes à hauts risques de contamination ».

Round 10 du Fonds Mondial

Le gouvernement doit changer cette situation dangereuse, affirme le président de Humanity First Cameroon. « Jusqu’à présent, rien n’a été dit pour la sécurité sociale des acteurs qui vont œuvrer pour la mise en œuvre du plan stratégique national 2011 – 2015. Le challenge sur des aspects sécuritaires pour toutes les organisations travaillant avec les HSH est  donc primordial si l’on veut avoir des vrais résultats dans la mise en œuvre de ce Round 10 du Fonds Mondial ».

Il est donc urgent qu’un programme se mette en place dans ce sens là. Le gouvernement est donc invité à prendre ses responsabilités pour que des aspects sécuritaires intègrent aussi bien les acteurs, les locaux des associations identitaires, mais également les bénéficiaires des programmes, afin que les actions soient plus efficaces, conclut Jules Eloundou.

– Eric O. LEMBEMBE

Cet article en anglais: “Cameroon homophobia confronts AIDS fighters”

Articles connexes (aussi publiés par “Erasing 76 Crimes):

About Eric O. Lembembe

Eric O. Lembembe, a journalist in Cameroon, is a leader of the Cameroonian Foundation For AIDS (CAMFAIDS), an association that seeks to promote and protect all human rights.
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