Homophobie : Une vingtaine de personnes agressées à Yaoundé

Publié le 19 juin 2012

La scène s’est produite au cours d’une soirée culturelle pour marquer la fin d’une semaine de manifestations de la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie à Yaoundé, la capitale camerounaise.

Deux homosexuels au Cameroun (Photo par Eric Lembembe)

Deux homosexuels au Cameroun (Photo par Eric Lembembe)

Le samedi 19 mai 2012. Il est environ 23 heures. Dans le grand hall du complexe « Eldorado » de Nkomo, un quartier de Yaoundé, les représentants des associations LGBTI défilent un par un sur le podium. Ils essayent à leur manière d’interpréter un chant de ralliement de la communauté homosexuelle. Salves d’applaudissements. L’émotion est à son comble. La salle se surchauffe.

A l’extérieur, dans la grande cour, quelques esprits malveillants aussi. C’est une dizaine de gars du quartier se rassemblent, qui ont été informés du déroulement, ce soir, d’un « rassemblement des pédés » dans leur secteur. « Il faut arrêter cela, nous ne voulons pas de çà chez nous ! », crient quelques uns. Le message passe de bouche à oreille dans le quartier.

Quelques temps plus tard, aux environs de minuit, alors le grand shown du spectacle s’apprête à être lancer, le groupe de jeunes gens qui s’est étoffé d’autres voyous fait irruption dans la salle.  L’un d’eux frappe une planche contre le sol. L’alerte est donnée.
A l’intérieur, l’ambiance de fête disparaît.  Tout le monde est pris de panique. C’est une débandade totale. Certains fuient vers le podium y espérant trouver une porte de secours. D’autres se cachent sous des tables pour y trouver refuge. Il faut sortir à tout pris de cette salle, mais alors comment ?

Quelques organisateurs de la soirée essaient der calmer la foule.  Les gens venus à la fête essayent, chacun selon ses moyens, de trouver une issue pour sortir de la salle et quitter le coin. Certains réussissent. D’autres pas. Poursuivies par une bande d’agresseurs homophobes, certains jeunes sont arrêtés et bastonnés.

Au finish, le bilan de l’agression est lourd. « Près d’une vingtaine de personnes venues à la soirée sont tabassées au point de passer tout près de la mort car les agresseurs eux-mêmes affirmaient vouloir les éliminer physiquement », affirme Yannick N., un organisateur de la soirée. Certains homos ont été entièrement dépossédés de leurs biens (argent, téléphones portables, bijoux, pièces d’identité, etc.). Arrêtées, injuriés, tabassées et blessées, d’autres victimes ont été complètement déshabillées et contraintes à rentrer chez elles toutes nues.

Les agresseurs homophobes n’hésitaient pas à poursuivre les pauvres jeunes sur plusieurs milliers de mètres du lieu de la fête. Et même à rattraper les homos qui s’étaient déjà engouffrés dans les taxis pour fuir.

Aucun des organisateurs n’a osé appeler la police parce qu’ils savent par expérience que la police aurait arrêté les victimes homos plutôt que les agresseurs homophobes.
En réalité, la fête en elle-même avait été organisée dans le cadre d’une semaine de manifestations de l’ « International Day Against Homophobia » (IDAHO) à Yaoundé avec le but de fournir une tribune aux jeunes artistes LGBTI de “passer un message positif à la communauté.” L’événement était censé primer des gagnants d’un concours des meilleures œuvres dans les domaines comme la poésie ou la chanson sur le thème, «Défier l’homophobie dans et par l’éducation.” La soirée devrait également  inclure un défilé de mode, des chansons, des danses, et des pastiches d’artistes célèbres, mais aucune de ces articulations n’aura lieu.

Table ronde IDAHO à Yaoundé. (Photo par Eric Lembembe)

Table ronde IDAHO à Yaoundé. (Photo par Eric Lembembe)

Pourtant, d’autres activités de la semaine IDAHO à Yaoundé se sont déroulées sans incident majeur, entre autres, un événement sportif entre les équipes homosexuels et hétérosexuels dont le souci premier était de combattre les idées préconçues sur les homos.
Quelques jours plutôt, la projection du film du réalisateur américain Russell Mulcahy « Bobby seul contre tous », quant à elle, avait permis de relancer le débat passionnant sur la religion et l’homosexualité. Lors des discussions qui ont suivi le film, l’on s’est interrogé si « la religion peut guérir l’orientation sexuelle ou du moins la corriger ? ».

Réuni au siège d’une des associations organisatrices, en ateliers, foras d’échanges et débats, une quarantaine d’homosexuels ont assisté à la grande université populaire participative du 17 mai. Il a été notamment question aux victimes d’actes homophobes de dresser un état des lieux de l’homophobie dans le contexte camerounais, de réfléchir eux-mêmes sur les mesures à envisager pour combattre l’homophobie dans leur environnement immédiat et de cogiter sur le thème de cette édition dans de groupes de travail sur la portée significative de l’éducation dans la lutte contre l’homophobie.
La journée fut clôturée par un grand débat public, de trois quarts d’heures, intervenu par un panel constitué d’un enseignant, d’un étudiant, d’un journaliste, d’un sociologue et des acteurs de la société civile. Leur sujet: Comment lever la stigmatisation qui pèsent sur les homosexuels?

Les événements de la semaine IDAHO ont été organisés par plusieurs associations LGBTI, notamment Humanity First Cameroon et Cameroonian Foundation For AIDS (CAMFAIDS).

Yannick N. est philosophique au sujet des événements de 19 mai :
« A l’heure où l’on parle de combattre l’homophobie dans et par l’éducation, l’enseignement qui ressort de ces événements, c’est qu’il est indispensable de penser les approches d’information et d’éducation pour faire changer la perception de la différence des LGBTI par le reste de la société camerounaise. Qui, pour le moins que l’on puisse dire, nourrit encore profondément, une perception déformée par rapport  aux notions de différence de genre et diversité sexuelle ».

Eric O. LEMBEMBE

About Eric O. Lembembe

Eric O. Lembembe, a journalist in Cameroon, is a leader of the Cameroonian Foundation For AIDS (CAMFAIDS), an association that seeks to promote and protect all human rights.
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